LE HAVRE / LE BATEAU
- ARRIVÉE A LA GUYANE -
 

 

Ayé la moto est au Havre dans sa caisse tout confort, préparée avec amour, avec Lulu et avec le secours de dernière minute de Yann et Marco : cétadire qu'une fois la roue avant enlevée, la moto roule beaucoup moins bien et elle est aussi beaucoup plus lourde, curieusement.
Donc il a fallu les forts bras musclés de ces beaux mâles kinonpamalodos, eux... Merci.
C'est une caisse de transport de moto finalement : armature récupérée chez notre concessionnaire préféré et plaques de bois d'une autre armature qu'il a fallu "adapter" un peu. Finalement c'est solide, pas trop lourd et toute la moto y entre !

La prise en charge au Havre s'est passée comme une lettre à la Poste, le gars au guichet était motard ! J'ai immortalisé par une magnifique photo ce moment rare d'angoisse qu'est la dernière fois que je vois la caisse de ce côté de l'Atlantique et zou au fond du hangar ! (la caisse, pas moi).
J'espère quand même qu'ils ne vont pas l'oublier là... Quand j'ai demandé à la CGM (c'est la compagnie à qui appartient le bateau, loué à une autre compagnie allemande et qu'utilise le transitaire après la société d'entreposage, enfin j'y reviendrai plus tard) comment fait-on pour savoir si la moto était bien partie, et ben la réponse a été "on attend que le bateau soit en mer, on fouille le hangar et si elle n'y est plus, c'est qu'elle est dans le bateau !"... grrrmbbl.

Surprise de dernière minute : la moto va prendre le même bateau que moi (ou l'inverse). Moi qui cherche cette combinaison miracle depuis des mois ! impossible ! Et ben c'est un hasard total mais au moins on sera dans le même bateau, pour le meilleur ou...
Bref, après un retard annoncé de seulement 2 jours, je pars le 21, à bord du Marfret Normandie.


Le Havre, 21 août

 

Bon cette fois ça y est. Le bateau est là, le long du quai. Quasiment prêt à partir. Et moi aussi, sur le même quai, moins impressionnant, avec mes valises en alu toutes neuves et cette drôle d'impression d'être entre 2 étapes..
Le Havre un 21 août, il fait gris et il pleuviote. Tout est normal.

C'est un cargo de taille moyenne, mon cargo. 163m de long et une capacité de 1100
containers. C'est quand même un grand bateau...

Je suis le 3è et dernier passager à rejoindre le bord, les autres ont embarqué à Anvers. Le "Marfret Normandie", 20 hommes d'équipage dont 7 officiers. 4 nationalités différentes. Des polonais, des roumains, des philippins, des turcs. J'embarque pour 17 jours : la traversée du Havre à Cayenne. Les 2 autres passagers se sont embarqués pour 45 jours, soit la boucle complète de Anvers à Anvers, passant par la Guyane puis le Brésil et retour par le Maroc, le Portugal et l'Espagne. Les membres d'équipage, eux, sont en contrat de 8 mois non-stop, c'est à dire 5 à 6 fois la boucle complète... La moto est à bord aussi, enfin normalement. C'est une surprise de dernière minute : juste avant d'embarquer, j'ai été informé que le container de groupage (quand on ne prend pas un container entier, on fait "grouper" sa marchandise avec d'autres pour en remplir un, d'où le container "de groupage", voili) dans lequel elle est devrait avoir pris place à bord du Marfret Normandie. Mais je ne pourrais avoir confirmation qu'une fois en mer. C'est là un des nombreux mystères du fret maritime.


A signaler comme anecdote la perspicacité incomparable des douaniers français qui ont fouillé intégralement mes bagages, me soupçonnant vraisemblablement de trafic de drogue de France vers l'Amérique du sud... : Après une petite balade à pied sur le quai pour prendre quelques photos en attendant l'heure du départ, je reviens au bateau attendu par une dizaine de douaniers qui me font une haie d'honneur jusqu'à ma cabine dont il étaient prêt à forcer la porte... Il y en avait partout, depuis le pont en passant par les couloirs, les coursives et l'escalier. J'étais annoncé en progressant entre les uniformes, le chien et sous les regards obligatoirement suspicieux de tout ce beau monde.
Il m'aura fallu tout déballer et répondre à tout un tas de questions, justifier ma pharmacie et m'entendre dire que ma réserve de Myolastan n'est pas autorisée... Finalement convaincus que j'en ferai un bon usage pour mon vieux dos ruiné, il me sera laissé.

Au revoir la France ! A moi l'océan et l'air du large !

 
 


En mer, 22 août - 6 septembre 2002
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Me voilà parti en mer. 10 jours de traversée de l'Atlantique, dont 9 sans voir la terre. C'est grand l'océan, très grand. 2 escales : une à St Martin, petite île des Caraïbes à moitié française et à moitié ...néerlandaise. Une autre à Trinidad - Port of Spain, au large du Vénézuela. A l'arrivée 16 jours de voyage en tout : 1 jour d'avance !

Passager d'un cargo, du Marfret Normandie, c'est d'abord une cabine de 24 m2, avec chambre, salle de bain, petit salon avec canapé, équipé d'une micro-chaine HiFi, d'une télé-magnétoscope et de 5 hublots, 3 vers l'avant et 2 sur le côté. Un certain luxe donc.
Ensuite, c'est une certaine routine, rythmée essentiellement par les horaires des repas au mess. Pour moi, les journées sont faites de ballades à l'avant du bateau, de calme et de tranquillité aussi, mais entouré de l'activité permanente du bateau, de ses moteurs et de son équipage. Je eux discuter avec les autres passagers, avec les membres de l'équipage et chacun des officiers, lire quelques pages des (trop) nombreux guides emportés (1 Lonely Planet par pays), jouer au ping pong avec les philippins, écrire mon journal, laver mon linge (et avec leurs machines, ça prend 3h à chaque fois!), grimper en haut des grues et des mats
de jour comme de nuit (chut!), rendre visite chaque jour à la passerelle de commandement pour prendre des nouvelles de la météo et de la route, regarder une bonne vingtaine de films de karaté en anglais sous-titrés en néerlandais et prendre quelques 200 photos, du bateau, de l'équipage, de jeux de lumière sur les formes géométriques et métalliques, omniprésentes à bord et pas une seule de la mer ou d'un coucher de soleil, qui sont pourtant souvent incroyablement beaux.

L'Atlantique aura été pour moi d'un calme imperturbable et tant mieux pour mon estomac: J'ai pu faire du gras en toute tranquillité pour préparer la suite... Le rythme est donné par les repas : 8h, 12h, 18h, enfin c'est plutôt des créneaux car en fait tout le monde ne mange pas exactement en même temps. du coup les repas sont vraiment utilitaires, pas vraiment conviviaux. Une table pour les officiers, une table pour les passagers. Entre les repas, tout est permis, ou presque, à condition de ne pas gêner l'équipage, qui bosse et de ne pas s'exposer aux endroits dangereux. On peut se balader partout (enfin c'est ce que j'ai fait) et tout le temps, comme monter aux mats et aux grues, en pleine nuit et en pleine mer (chut, faut p'têt pas le dire trop fort quand même...), prendre des photos de tout, du bateau, de la mer tout ça quoi lla mer, le bateau, le bateau, la mer.


L'équipage

 

 

On trouve du côté des officiers un capitaine polonais, un Chief Officer (ou Chiffo pour les intimes, enfin surtout pour le capitaine) roumain, un second Officer (Secondo) roumain aussi, un troisième (third man) philippin, un Chief Engineer roumain encore, mais un second Engineer polonais et un Chief Electrician, polonais aussi. Le cuisto (ChiefCook) est philippin, comme les 15 autres membres d'équipage + 2 turcs (très forts les turcs)

  Le tout pour 8 mois de rotations (Anvers-Rouen-LeHavre-Stmartin-Trinidad-Cayenne-Belem-Fortalesa-Algesiras-Anvers, pour les amoureux de la géographie). Pour les passagers, 3 spécimens seulement : 1 hollandais, 1 belge, et donc 1 français (moi, pour ceux qui ne suivent pas). Le belge est flamand et parle néerlandais avec le hollandais (normal), je parle français avec le belge, qui parle donc aussi français (ben oui) et anglais avec le hollandais (j'ai arrêté le néerlandais très tôt). Bref quand il arrive que l'on soit tous ensemble, c'est en anglo-franco-neerlandais que tout ça se termine ! Pas bon pour mon espagnol tout ça, d'autant que ça n'intéresse personne ici. Le seul qui apprend une langue étrangère, c'est le belge et il apprend l'italien... Sinon, sur le bateau, les ordinateurs sont allemands, mais la grrr de compagnie qui s'occupe de ma moto est bien française, elle! (voir plus loin). La traversée proprement dite de l'Atlantique prend en fait 10 jours sur les 15 du trajet complet, mais 10 jours sans voir la terre. C'est plutôt étrange, la première fois en tout cas, après c'est comme tout, on se blase. La mer c'est grand. C'est con comme remarque, mais on ne peut s'empêcher de se le dire. Surtout quand on t'explique pour que tu comprenne mieux, toi petit scarabée d'eau douce, qu'il faut 1h seulement pour atteindre l'horizon (façon de parler bien sûr et environ, puisque ça dépend de la hauteur par rapport au niveau de la mer) avec nos 18 noeuds (de vitesse!). Alors 240h, cela fait un paquet d'horizons...

En tout cas je suis maintenant incollable sur le chargement / stockage / déstockage / déchargement des containers, les différents types de grues et d'engins de levage, de manutention diverse sur le bateau, etc. Et j'ai terriblement enrichi mon vocabulaire philippin. Aliga kahin (viendez, c'est la bouffe), kahina tayo (on va bouffer) + différentes variantes, un peu mono-sujet mébon ça peut être utile un jour.

Sinon, côté transport de la moto, ça tourne au poème. Après avoir découvert, avec joie et surprise, que la moto devait finalement voyager avec moi, et bien re-surprise c'était pour rire, en fait elle a embarqué sur le bateau suivant... 10 jours après. Lequel a eu 3 jours de retard et a débarqué le container de la moto à Trinidad ! Un jour après, un autre bateau a finalement apporté le container à Cayenne, mais il a quand même fallu attendre la réparation de la grue en panne pour décharger. De toute façon, le dédouanement prendra encore 1 semaine de plus... Et puis, au lieu de la récupérer au port, je devrai aller la chercher... à l'aéroport dans un premier temps, et enfin dans une zone de dégroupage je-ne-sais-pas-où. Va comprendre. La société qui s'en occupe n'est plus la même d'ailleurs. Et le contact qu'on me donne dans la nouvelle société vient de se faire virer pour malversations... Le passage à la douane est tout aussi épique. On veut à tout prix me faire payer des droits de douane, me faire déposer une caution de la valeur de la moto, et quand j'ai fait 2 A/R entre les deux bureaux les plus éloignés du bâtiment, j'apprends que le responsable kivabien est en vacances pour 3 semaines, GRRR. Et pour finir, y en a un qui veut bien remplir le carnet de passages en douane et c'est fini !